L’évolution récente des chants d’assemblée: L’intérêt de recueils physiques

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Revenons à la question d’un recueil physique, condition essentielle pour permettre de proposer un chant connu par l’assemblée et qui édifie. La grande majorité des recueils contiennent la musique des chants, ce qui permet à celui ou celle qui a son recueil de chanter la mélodie ou une voix d’accompagnement — pour autant que le recueil en ait. L’usage du projecteur, qui se généralise dans la plupart des églises évangéliques, présente de multiples avantages, mais un de ses inconvénients est l’abandon progressif des recueils tenus en mains — et, par voie de conséquence, de la possibilité de proposer un chant ; cela conduit aussi à délaisser le chant polyphonique (qui permet aux voix aiguës comme aux voix graves de chanter leur partie), la projection ne permettant pas bien l’affichage de la musique.

Quelques réflexions plus générales sur la musique de nos chants d’église:

Le sujet est vaste, la question très sensible et subjective, les avis souvent très contrastés. Les recueils de toutes les églises jusque vers les années 1960 ont été constitués de musiques tirées d’œuvres « classiques » (par exemple de chorals de Bach), de musiques composées spécialement pour le chant d’église et en français par des compositeurs « classiques » reconnus (par exemple les psaumes de Goudimel ou de Claude Lejeune) ; ces musiques sont de bonne qualité mais sont perçues maintenant comme trop difficiles ou vieillottes. Les réveils du XIXe siècle et du début du XXe siècle ont livré une part importante des chants des églises évangéliques, amenant des musiques de qualité très diverses, souvent médiocres et répétitives —moyennant un certain nombre de belles exceptions.

Le chant d’église est resté en général assez stable — figé, même, oserais-je dire — jusqu’à l’arrivée des Beatles ! Non qu’ils aient directement influencé le chant d’église, bien sûr, mais ils ont bousculé la pratique musicale d’une large part de la population et mis en route chez plusieurs chrétiens le désir légitime d’une évolution : être plus accessible, par des musiques qui soient culturellement acceptables, autant pour l’évangélisation que pour les rencontres d’église.

Le mouvement de Jeunesse en Mission, né à cette période, a encouragé la composition dans un style nouveau, visant la simplicité des textes et de la musique. Un bel apport du mouvement a été la création de nombreux chants sur des versets bibliques, permettant de les mémoriser. Le recueil JEM n° 1 est apparu dès les années 1970, suivi par deux autres, constamment enrichis. Ils ont rapidement pris place à côté de recueils traditionnels encore en vigueur, mais en déclin (comme Les Ailes de la foi), pour finalement les remplacer et devenir presque hégémoniques.

La qualité très hétérogène des paroles (souvent traduites rapidement de l’anglais) et des musiques, de même que les options théologiques sous-jacentes très diverses de ces chants, sensibles aux mouvements successifs du monde évangélique, invite au discernement ceux qui utilisent ces trois célèbres recueils.

Une tendance récente, entamée dès le début du JEM et qui va en s’accentuant, est d’introduire dans les recueils des chants d’auteurs-compositeurs-interprètes tirés de CD ou de mp3, certes beaux, mais dont les difficultés rythmiques rendent souvent impossible l’exécution correcte par une assemblée. Cette dépendance vis-à-vis de l’effet de mode a d’ailleurs aussi un effet malsain : la durée de vie d’un chant devient très courte, remplacé qu’il est par une production abondante de chants diffusés par les medias électroniques ; l’effet constructeur d’un chant intégré, mémorisé, digéré (selon Col 3.16) devient moins évident.

A la suite de cet aspect sur les recueils physiques de chants, nous allons nous atteler aux remarques critiques que nous venons de faire au prochain numéro.

Augustin MAKENG

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